EROSION COTIERE EN CÔTE D'IVOIRE : Professeur HAUHOUOT ASSEYPO tire la sonnette d’alarme.
Le littoral ivoirien recule par endroits à un rythme préoccupant. C’est le constat fait par Hauhouot Asseypo Célestin, Professeur titulaire de géographie physique. Il a donné cette information mercredi 16 septembre 2026, lors d’une conférence publique sur le thème : « Du bilan de la mobilité du trait de côte à la gestion des risques côtiers en Côte d’Ivoire : diagnostic géomorphologique, enjeux sociétaux et réponses d’aménagement ».
A l’initiative de l’Académie des Sciences, des Arts, de la Culture d’Afrique et des Diasporas africaines (ASCAD), cette conférence publique s’est tenue à l’Université Félix Houphouët-Boigny.
Selon le diagnostic du Pr Hauhouot Asseypo, environ 60 % des 566 kilomètres de côtes ivoiriennes sont affectés par l’érosion côtière.
Un phénomène qui menace les plages, les activités économiques, les infrastructures et, dans certaines zones, les populations riveraines. En effet, son rapport repose sur plus de vingt années d’observation, combinant l’analyse d’images satellitaires et des mesures effectuées directement sur le terrain. Les données issues notamment des satellites Landsat et Sentinel ont été croisées avec des mesures DGPS et des profils de plage afin de suivre avec précision les déplacements du trait de côte.
L’étude montre une réalité contrastée. En effet, sur la période 2020-2024, une grande partie du littoral apparaît globalement stable, avec des évolutions comprises entre -0,22 et +0,46 mètre par an. Mais cette stabilité moyenne ne doit pas masquer les points de rupture, particulièrement concentrés dans les espaces urbains, portuaires et autour des embouchures.
Le secteur le plus critique se trouve à l’Est d’Abidjan, entre Port-Bouët et Grand-Bassam. Cette zone affiche une érosion modérée mais persistante, avec un recul de -2,19 m/an sur une première période, puis de -1,57 m/an récemment. En août 2023, certaines portions ont perdu entre 20 et 45 mètres de plage sous l’effet d’une forte agitation marine.
À San Pedro, selon le conférencier, le phénomène est également préoccupant. Le recul du trait de côte s’est accentué depuis 2010, atteignant jusqu’à -2,12 m/an dans certains secteurs.
Pour expliquer cette évolution, Professeur Hauhouot Asseypo pointe d’abord un déficit structurel en sédiments. Les barrages, l’extraction de sable et les aménagements portuaires viennent perturber davantage les flux naturels de sédiments. Le changement climatique, avec notamment l’élévation du niveau marin, accentue cette vulnérabilité.
Une situation qui a des conséquences sont multiples notamment sur la pêche, le tourisme balnéaire, les infrastructures portuaires et écosystèmes.
Face à cette situation, il recommande une gestion dynamique du trait de côte, fondée sur l’observation permanente, l’anticipation et des solutions adaptées à chaque secteur. Aussi, plaide-t-il pour un système national de gestion du littoral réunissant collectivités, populations et acteurs de la protection de l’environnement.
Représentant le président de l’Université Félix Houphouët-Boigny, professeur Ballo Zié, par ailleurs parrain de la cérémonie, le vice-président chargé de la pédagogie et de la vie universitaire, professeur Monsan Vincent, a insisté sur l’importance de la recherche scientifique dans la compréhension et la gestion de ces risques. « Notre littoral n’est pas simplement une frontière géographique. C’est un espace de vie, un poumon économique, un patrimoine culturel et environnemental précieux pour la Côte d’Ivoire », a-t-il relevé.
À l’ouverture des travaux, la Secrétaire d’Académie du Domaine des Lettres et Sciences humaines de l’ASCAD, Professeur Konandri Affoué Virginie, a expliqué le choix porté sur cette problématique, qui dépasse, selon elle, le seul cadre de la géographie physique. « Le thème est une invitation à regarder notre littoral non plus comme un lieu de détente et d’évasion, mais comme un espace vivant, fragile et aujourd’hui menacé », a-t-elle déclaré.